Alone in the dark city
Vendredi soir. Soirée en solitaire. Like a poor lonesome cowboy. Jeff est invité chez une amie francaise. Le coloc censé accueillir des amis. Je préfère fuir. Première bière au Elephant & Wheelbarrow. Enorme bar qui fait backpacker. Match de rugby league du tri-nations. Première mi-temps. Il n'est que 20h. La Nouvelle-Zélande mène. Un rouquin au sourire assuré se pavane. Accréditations pour l'Indy car de la Gold Coast au cou. De jolies filles l'accompagnent. Ils vont se cacher dans un renfoncement. Take care mate. Mon tee-shirt Puma trempe dans un liquide. La serveuse me regarde, gênée. Elle a fait tomber un verre de bière. I'm upset. Rien d'autre à faire que l'excuser à demi-mot. Half-time. Passage au Fringe bar. Défilé de miss. Une blonde. Une métisse. Une asiatique. Et d'autres. Un Bacardi and Coke. La deuxième mi-temps démarre. Match serré. Cigarette aux lèvres. Une flamme de briquet inconnu. Une serveuse au sourire agréable attend que j'allume ma cigarette. Sourire. Cheers. Elle fuit dans la foule. J'attends son retour, curieux de connaître le fin mot de l'histoire. L'Australie égalise. Mon verre est vide. Plusieurs serveuses m'interrogent du regard: un autre verre? Refus poli. J'attends la jolie blonde qui m'a allumé. L'Australie en tête. La revoilà. One Bacardi and Coke. What's your name? Le speaker du défilé hurle dans son micro. Liane. Liane? Could you spell it? L...E... Je ne comprends pas la suite. Can you repeat? Ses mots étouffés dans le brouhaha. Elle disparaît. Revient avec un papier rose. Peut-être son numéro? Je décrypte son écriture. Leigh-Anne. J'ai l'air con. Je ne sais quoi dire. Sors un billet. Elle me rend la monnaie. Pas de répartie. D'autres clients l'attendent. L'Australie marque un essai transformé. La voila qui mène au score. Les hommes hurlent leur joie. La serveuse a disparu. Je finis mon verre. 28-26. Malgré un dernier essai néo-zélandais. Je file au RG. Le videur me demande mon ID. Lui montre mon passeport. Il fait mine de vouloir le garder. I know. Everybody wants to be French. Est-ce si sûr? Texto a Jeff. Dernier verre au RG. Vais me rentrer. A moins que tu me rejoignes. En attendant la réponse, un verre de plus. J'enchaîne verre sur verre depuis que je suis arrivé en Australie. Que m'arrive-t-il? Moment de lucidité qui disparaît aussi vite qu'il est arrivé. Tout comme ma présence en ces lieux. Trop de fermières. Manque de classe. Musique de merde. Appel de Jeff. On arrive. Rendez vous au Press Club. Le physio de la première fois. Having a good night? That's fine. I hope you'll enjoy it. Thanks. Pas trop de monde. On peut se déplacer sans renverser notre alcool. Verre à la main, je me pose sur un bord de canapé. L'ennui pointe. Sentiment de vacuité. Un appareil photo fait crépiter son flash. Un gilet en cuir, un treillis kaki et une casquette posée de biais. La photographe papillonne au milieu des groupes. Pourvu qu'elle ne vienne pas vers moi. Aucun risque. Je transpire l'ennui. Une Elisabeth Taylor en robe verte prend la pose. Ses copines, tenues de soirée ringardes, la rejoignent. Un homme aborde deux femmes aux goûts très surs. La conversation s'engage devant moi. Pourquoi ne pas faire comme lui? Mon regard se perd. Une femme se pose à mes côtés. Je ne vois que son dos. Une cravate nouée dans les cheveux. Comme le symbole de cette virilité que les femmes d'ici ont prise aux hommes. Nous sommes en 2005, mais en Australie le temps s'est arrêté au milieu des années 80. A l'époque où la femme était une working girl, ou "elle [faisait] un bébé toute seule". L'arrivée de Jeff me sort de mes pensées. Je te présente Pascaline et Laurent. Un joli brin de fille accompagné d'un géant. Discordance. Méprise sutout. Ils ne sont qu'amis. Le mari est resté a la maison. Départ du grand plutôt sympathique. Discussion a trois. Le jeu des chaises musicales. Premier contact avec une exilée. Plaisir de discuter. Trois heures du matin. Jeff veut rentrer. Regret. Je reprenais goût à ma vie australienne. Retour en taxi. Dernier morceau de Panettone, un gateau italien, cousin du kouglof que je mangeais petit. Des souvenirs lointains. La nuit n'aura pas su les faire disparaître.
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